Chronique À l’aventure du Journal de Montréal

À VÉLO SUR LA ROUTE DU TOUR DE FRANCE

Par Yvan Martineau, collaboration spéciale

J’adore les Français !  Comme leurs ancêtres les Gaulois d’Astérix, ils s’avèrent irrésistibles.  Pour ce périple à vélo, une quinzaine de cols des Alpes du Sud figurent au menu, certains empruntés par le célèbre Tour de France.  Et pourtant à tous les midis, entre deux ascensions, ils inondent la table de nourriture abondante et, pire encore, de vin.  Voilà de quoi se pimente l’ambiance des « Séjours Verdon-Alpes » sanctionnés par la fédération française de cyclotourisme : défi ou pas, il s’agit d’abord de vacances et il faut donc prendre le temps de vivre au rythme de l’escargot.

En dépit des cols (col : passage entre deux montagnes ou deux vallées), le descriptif promis par la publicité a été respecté : « balades cyclistes à consommer à allure modérée sur des sites magiques, villages typiques, forteresses médiévales, etc. »   En quelques endroits, les plus endurcis ont pu se lancer quelques challenges, certes, mais la camaraderie, la découverte, le bonheur de rouler et de bien manger prévalurent sur la vitesse et la performance.

Pour les amants de la montagne, la région des Alpes de Haute-Provence et des Alpes maritimes constitue un terrain de jeu d’un pur délice.  Les paysages, superbes, en mettent plein la vue.  Et on se trouve à moins de deux heures de la Côte d’Azur pour égayer ses vacances autrement avant d’entamer le forfait cyclotouristique.

Nous logeons à Thorame-Haute, village de 120 habitants, à 1 130 mètres d’altitude.  La trentaine de participants provient de partout en France et en Belgique.  La  randonnée initiale débute avec 20 km de douce descente (20 km !), suivie par la montée d’une brèche à 988 mètres.  Je réalise un rêve : j’avale ma première route en lacets à vie à vélo.  Au deuxième jour, ascension du col des Champs qui s’élève à plus de 2 000 mètres.  Pour les néophytes, ce n’est pas une sinécure.  Ça grimpe sans répit sur 12 km.  Les muscles rechignent.  On ne voit jamais plus de 100 mètres devant tellement l’étroit chemin se fait sinueux.  L’odeur de l’écurie nous galvanise parfois, mais le but s’avère encore loin, les  virages en épingles se multipliant à n’en plus finir.  Ça affecte le moral des non-initiés.  Lise, une copine d’Amos, parvient au sommet où crapahute une marmotte en me lançant : « Je t’en veux Martineau de m’avoir embarqué dans cette galère. »  Elle se ravise vite en admirant le paysage environnant constitué d’un cirque de hauts monts ravinés.  Fabuleuses Alpes !  C’est encore plus époustouflant dans la descente de 30 km qui suit.  Le décor, totalement différent de l’autre versant, met en valeur des falaises et aiguilles himalayennes où persistent quelques névés.  La chute vers la vallée loin en contrebas se révèle grisante.  Mais on prend le temps de s’arrêter pour prendre des photos tellement c’est grandiose.

L’après-midi recèle des panoramas tout aussi mirifiques.  Cette fois, la route perce carrément les falaises.  Une vingtaine de tunnels érigés à travers les parois de roc se succèdent.  Nous longeons une merveille de la nature, les profondes gorges de Dalhuis et ses schistes d’un rouge électrisant.  Vraiment, cette féerie nous laissent bouche bée.

Pour clore l’aventure au cinquième jour, on monte un faux-plat qui nous fait passer de 1 130 mètres à 2 250 mètres sur 36 km.  Les six kilomètres suivants sillonnent le col d’Allos, légendaire étape franchie 34 fois par les cyclistes du Tour de France au fil des ans.  Du sommet, on distingue quelques cimes supérieures à 3 000 mètres et les Alpes italiennes.  Nos p’tits cousins français répètent sans cesse : « Putain que c’est beau ! »  À juste titre.  J’ai déjà une bonne idée de ce qui me tente pour l’été prochain…

REPÈRES

-C’est l’agence québécoise Passion Aventure, déjà réputée pour ses randos pédestres dans les Alpes et à l’Everest, qui représente l’organisateur français, lequel assume aussi deux autres projets alléchants, « Les 1 000 km de la Loire et ses châteaux » et « St-Jacques-de-Compostelle ».  Rens. : lgarceau@voyagesenliberte.com

-La Maison de la France à Montréal permet de bien se renseigner sur la région et ses attraits : 1-888-883-7622 ou www.franceguide.com    Le guide Voir sur la Provence et la Côte d’Azur s’est aussi révélé un outil précieux.

-Nous avons acheté nos places sur Air Transat.  Avec tout ce qui est survenu par la suite, je tiens à souligner la gentillesse et la courtoisie hors-pair du personnel

MES COUPS DE CŒUR

-L’ambiance amicale qu’a su créer dès le départ l’enseignant en éducation physique et grand manitou du forfait, Marc Liboa

-Plusieurs dames étaient du groupe, de même que quelques sexagénaires et un septuagénaire : des gens follement stimulants !

-Le charme des villages typiques et des anciennes cités fortifiées aux allées de pierres et aux ruelles étroites.  Certaines ont plus de 1 000 ans !