Chronique À l’aventure du Journal de Montréal

VÉLO SUR LA RIVIERA ITALIENNE

Par Yvan Martineau, collaboration spéciale

Ymartineau@videotron.ca

Plusieurs cyclistes québécois se cherchent un endroit pour rouler l’hiver.  Je leur propose aujourd’hui l’envoûtante Riviera Dei Fiori, le prolongement de la Côte d’Azur, mais italienne à 100% dans les us et coutumes.   Ils pourraient ainsi parcourir la Riviera à vélo et rouler du même souffle l’un des parcours montagneux du dernier Giro, pendant local du Tour de France ?  « Mammamilla, ça doit être fabuleux. »  Ce l’est, je vous le certifie.

La magie du mariage parfait entre mer (la Méditerranée), montagne (les Alpes du Sud) et soleil, voilà de quoi s’édifie la Riviera.  C’est aussi le flamboiement des vins exquis, des bourgs médiévaux accrochés aux flancs raides des collines, des maisons colorées exposant leurs façades pastels.  Point de départ de cette randonnée cycliste (et de plusieurs autres), San Remo, où séjournait jadis l’aristocratie européenne et des célébrités comme Tchaïkovsky ou Alfred Nobel.  Parmi la multitude d’attraits, un bourg médiéval doté d’un sanctuaire du XVIIIe siècle ennoblit San Remo. 

On longe d’abord la Méditerranée sur 13 km avant de bifurquer en direction des Alpes maritimes.  Sur la petite route progressant en fond de vallée, on traverse quelques villages où subsistent des constructions de 500 ans ou plus.  Sur tous les flancs de montagnes, les habitants cultivent fruits, légumes, vignes et fleurs.  Dans ces paysages remarquables, on avale les kilomètres sans s’en apercevoir tant la végétation riche de parfums et de mille couleurs occupe l’esprit.  À Isolabona, on remplit nos gourdes d’eau fraîche à même une fontaine publique du XVe siècle.  Un brin excitant pour les cyclistes, à plusieurs endroits on remarque, peint sur l’asphalte, des mots d’encouragement à l’intention de Pantini, Simoni et autres.  Oui, le fameux Giro est passé par ici à l’été 2001.  Au 20e kilomètre, le décor s’embellit autant que le défi prend forme.  L’ascension débute et durera longtemps.  Par chance, la nature et l’histoire offrent encore et toujours de quoi s’émerveiller : tantôt une falaise ou des pics s’élevant à plus de 2 000 mètres, tantôt un château ou des ruines de l’époque baroque.  Non seulement la sinueuse route en lacets grimpe-t-elle, mais elle chemine dans une rare étroitesse.  Un seul véhicule suffit à emplir tout l’espace disponible.  Imaginez une ruelle de Montréal…  Les muscles raidissent, ça n’en finit plus de monter et de tourbillonner.  Enfin, voilà Bajardo.  Depuis San Remo, on s’est hissé du niveau de la mer à 910 mètres d’altitude.  Une halte s’impose au terme de la montée, Bajardo constituant un magnifique hameau accroché à un éperon rocheux et couronné d’un vieil oratoire où l’on déambule encore sur un pavé de dalles antiques, sous des porches voûtés ensorcelants.  Au bout d’une galerie souterraine, un belvédère dévoile, telle une apparition céleste, des cimes frôlant les 3 000 mètres.  La descente de retour, grisante au possible, nous transporte au Nirvana : on ne donne que trois ou quatre coups de pédale sur 21 km !

Bref, voici un parcours d’une soixantaine de km aussi corsé et savoureux qu’un espresso !  Mais également jouissif pour tout cycliste québécois peu habitué aux vestiges millénaires et à emprunter les trajets des compétitions mythiques.  Je meurs déjà d’envie d’y retourner.

REPÈRES

-Renseignements : le voyage est conçu par l’agence de voyages québécoise Passion Aventure : 1-800-574-7472… Office national italien du tourisme : www.enit.it  Le volumineux Guide Voir sur l’Italie nous a aussi été fort utile

-Tout est réuni pour un séjour aux multiples attraits : des températures douces pour rouler à vélo, la plage méditerranéenne pour relaxer, la montagne pour les paysages grandioses, et les Italiens pour leur fantaisie et leur attachement aux traditions

-La France et la Côte d’Azur sont à une vingtaine de km pour permettre des vacances diversifiées.  Les possibilités de randonnées cyclistes sont multiples

MES COUPS DE CŒUR

-La douceur du climat qui constitue une panacée pour les cyclistes impatients qui tiennent à rouler durant l’automne ou l’hiver québécois

-L’ambiance exquise tôt le matin au port de pêche, aux abords de  l’antique cité fortifiée, alors que les vendeurs exposent leurs prises

-La classe de Bordighera, la belle ville peinte par Monet, le théâtre romain et l’église San Michele de Vintimille, datant du Xe siècle !